#3 Vandaliser, émanciper

Informations pratiques

Jeudi 10 mars 2022 – 14h-16h30

Iconoclasme et politique après la Révolution française : gestes d’altération des images (1814-1871)
Emmanuel Fureix, Université Paris-Est Créteil

Entre la Restauration et la Commune de Paris, détruire ou altérer les signes de l’adversaire devient le lot commun de la politique. Mais le spectre du vandalisme révolutionnaire impose une certaine retenue aux gestes, et les compromis (voilement, déplacement, etc.) ou les destructions chirurgicales s’imposent très souvent. La pluralité des gestes d’altération (autodafé, profanation, déboulonnage, martelage, recouvrement, détournement, bricolage, etc.) reflète une hésitation sur l’agentivité politique des images dans l’espace public. Cette présentation propose un inventaire et une grammaire politique des gestes d’iconoclasme ou « d’iconoclash » dans la France du XIXe siècle, qui pourra à certains égards résonner avec notre présent.

Marcel Léautté, Photographies d’après nature sous la Commune de Paris, du 18 mars au 21 mai 1871, positif sur papier albuminé d’après négatif sur verre au collodion. Paris, BnF.

Lacérer des tableaux, saisir sa liberté : l’iconoclasme des personnes réduites en esclavage du Sud des États-Unis
Jennifer Van Horn, University of Delaware

Durant la guerre de Sécession américaine (1861-1865), des centaines d’Africains-Américains récemment émancipés se livrèrent à des actes d’iconoclasme envers les images de ceux et des ancêtres de ceux qui les avaient réduits en esclavage. Quand certains iconoclastes noirs détruisirent entièrement des portraits peints, d’autres en altérèrent en les grattant, les déchirant ou les recouvrant, avant de les exposer dans leurs propres intérieurs. À la fin de la guerre, des planteurs blancs de retour négocièrent avec leurs anciens esclaves pour réinsérer ces tableaux dans leur propre chemin mémoriel. Un tel traumatisme encouragea les populations du Sud des États-Unis, Blancs et Noirs, à manipuler des tableaux peints. Ces portraits historiques offrirent dès lors de puissants champs d’exploration visuels et matériels à travers desquels chercher réparation.

Slashing Canvases, Seizing Freedom: Enslaved People’s Iconoclasm in the American South

During the American Civil War (1861-1865) hundreds of newly emancipated African Americans committed iconoclasm against images of their enslavers and their enslavers’ ancestors. Black iconoclasts destroyed some painted portraits outright, others they altered by scratching, tearing, or covering, and then displayed them in their own houses. At the war’s conclusion, returning white planters bargained with their former slaves to recover these canvases for their own memory making. Trauma encouraged southerners, white and Black, to manipulate painted canvases. Historical portraits thus offered powerful visual and material fields through which to seek restitution.

Jeremiah Theus, Gabriel Manigault, 1757. Photographie aux rayons X, c.1920-1930. New York, Metropolitan Museum of Art.

       

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