#2 Moquer, déchirer

Informations pratiques

Jeudi 3 février 2022

Les lieux du rire : la caricature de Salon dans les maquettes, albums et collections
Julia Langbein, Trinity College, Dublin

Qualifier d’amateur le geste du coloriage, c’est partir du principe qu’à la différence de dessiner ou peindre, colorier ne nécessite aucun apprentissage et permet de contourner toutes les difficultés de la mise en œuvre de l’image. Il est vrai que le développement des pratiques amateurs dans la seconde moitié du XIXe siècle semble encourager la mise au point de techniques simplifiées, et notamment de techniques hybrides comme la photo-peinture. Partant, le geste banal du coloriage, à travers les considérations critiques et les encouragements guidés dont il fait l’objet, mais aussi à travers son application réelle, mène à plusieurs questions essentielles sur l’art amateur du XIXe siècle : peut-on peindre sans savoir dessiner ? Est-il vraiment si simple de colorier ?

The Places of Laughter: Salon Caricature in Proofs, Albums, and Collections

This paper explores several archival documents that give insight into how the caricature of Salon art in French print culture between 1840 and 1880 was not merely a press genre but could be a collective, interactive activity for its makers and consumers alike.  These examples, including maquettes produced for publication, an unpublished amateur album and a loose scrapbook, indicate that Salon caricature — long considered along the lines of derision or desacralisation– in fact activated the hand of the viewer, acted out a pedagogy of drawing, and even encouraged the imaginary re-staging (we would now saw curating) of one’s own exhibition.   I argue that the insights to be gleaned from this study extend beyond Salon caricature, and in fact ask us to consider the materiality and interactive potential of mid-nineteenth-century press imagery at large.

Nadar, Darjou et al. Maquette pour Le Journal amusant, 1859.  Lithographie, crayon graphite, encre et aquarelle, 43,6 x 27,9 cm. Paris, Petit Palais.

Cette maladie de peau des villes mal tenues : papiers collés, couches superficielles et peaux malades
Kathleen Pierce, Smith College

Dans son commentaire de 1896 sur l’émergence de l’affiche illustrée de grand format, l’historien de l’estampe Henri Béraldi s’inquiétait en ces mots : « …si la surveillance de l’autorité faiblit un instant, vos yeux ne quitteront plus l’estampe, car tous les murs seront en un clin d’œil envahis par l’affiche, cette maladie de peau des villes mal tenues. » L’assertion de Béraldi évoque plusieurs anxiétés mêlées, liées au mur recouvert d’affiches qui apparaît tout à la fois comme le lieu d’un infatigable collage de papier, comme un accrochage toujours renouvelé et comme une sorte de corps dont les couches de papiers collés formeraient une peau malade. À la suite de Béraldi, cette intervention s’intéressera au mur recouvert d’affiches à l’aune de la notion de collage éphémère. Elle visera à mettre à jour des modes de pensée de la visualité et de la surface partagées par les domaines de la production artistique, de la médecine et de la santé publique.

This Skin Disease of Poorly Maintained Cities: Pasted Paper, Surface Layers, and Pathological Skin

In his 1896 commentary on the rise of the large-format, illustrated poster, the print historian Henri Béraldi fretted: « …if the surveillance of authorities wanes for an instant, your eyes will never again leave the print, in the blink of an eye all the walls will be invaded by posters, this skin disease of poorly maintained cities. » Béraldi’s statement evokes several intertwined anxieties about the poster-strewn wall, which simultaneously operates as a site of unflagging paper pasting, an inescapable and ever-shifting visual display, and a kind of body, wherein layers of pasted paper comprise a pathological skin. Following Béraldi, this paper positions the poster-pasted city wall as a mode of ephemeral collage production. In so doing, it demonstrates shared modes of thinking about visuality and the surface across artistic production, medicine, and public health.

Charles Lansiaux, Rue Saint-Jacques. Affiches, 1918. Photographie. Paris, Bibliothèque Historique de la Ville de Paris.