De quelques objets-frontières : artefacts et clôtures disciplinaires

 

> 26 février2024

> 25 mars 2024

> 29 avril 2024

> 27 mai 2024

Séminaire coordonné par Baptiste Brun (InVisu CNRS / INHA ; U-Rennes 2)

4 séances du 27 février au 27 mai 2024

les derniers lundis de chaque mois de 14h à 17h

INHA, Institut national d’histoire de l’art, 2 rue Vivienne, galerie Colbert, salle André Chastel, 75002 Paris

Les relations que tissent l’histoire de l’art avec le domaine de l’anthropologie sont anciennes. Elles sont constitutives de l’épistémè des sciences humaines et sociales aux XIXe, XXe et XXIe siècles, à l’heure de l’industrialisation du monde, de l’expansion coloniale occidentale et de la mondialisation. La découverte d’artefacts peu à peu annexés à la notion eurocentrée d’art, au sein ou en dehors de l’Europe, participe à la rencontre et aux développements des deux domaines, stimulant des échanges et partages avec d’autres disciplines : la psychiatrie, la psychologie, les études préhistoriques, parmi d’autres. Tour à tour désignés comme documents, objets ou œuvres, ces artefacts et les discours qui s’en emparent et les qualifient manifestent des hiérarchies, des conceptions, des idéologies qu’il s’agit d’interroger dans une perspective historique et interdisciplinaire.

En empruntant à leur endroit la notion d’objet-frontière, il est possible de mieux comprendre comment l’histoire de l’art, l’anthropologie ou encore la psychiatrie fondent leur clôture disciplinaire et leur autorité sur des corpus et collections spécifiques. Ces opérations se développent non sans produire des interprétations, voire des instrumentalisations qui informent et/ou déforment les objets qui constituent ces ensembles que les sciences humaines et sociales, en leurs interactions, se disputent ou se partagent. En s’intéressant aux productions extra-occidentales et objets apparentés à l’art brut, aux objets dits d’arts et traditions populaires ou encore à des objets contemporains agissant dans le cadre d’interactions sociales, ce séminaire cherche à analyser les processus de domination ou, a contrario, d’émancipation qui sont à l’œuvre dans ce que l’on se plaira à qualifier d’usages de l’art.

Chaque intervenant proposera une forme d’étude de cas portant sur un artefact précis ou un groupe d’artefacts spécifique dont le contexte d’émergence, la fortune critique, le processus d’artification subi ou, plus généralement, les discursivités qu’il suscite attestent voire engagent des effets disciplinaires singuliers.

Responsable scientifique : Baptiste Brun (InVisu CNRS / INHA ; université Rennes 2)

« Objets-frontières »

La notion d’objet-frontière fut initialement forgé dans le champ de l’anthropologie et de la théorie de l’acteur-réseau (Star et Griesemer, 1989). Dans le champ de l’histoire de l’art en France, l’expression fut reprise par le programme « Exogenèses. La production d’objets-frontières dans l’art en Europe depuis 1500 » portée par Sabine Du Crest de 2013 à 2015, pour désigner des processus de transferts et d’hybridation culturels que des œuvres d’art et autres artefacts manifestent (Du Crest, 2018). L’usage que nous en faisons s’éloigne de cette perspective pour interroger le potentiel épistémologique du concept dans le cadre des interactions entre création artistique et sciences humaines et sociales.

 

26 février 2024 : Des parures à l’asile

INHA, Galerie Colbert, salle André Chastel, 14h-17h

Baptiste Brun (InVisu CNRS / INHA ; U-Rennes-2)

Lors de cette séance introductive, Baptiste Brun reviendra sur la genèse et les usages de la notion d’ »objets-frontières » et sa fécondité épistémologique pour l’histoire de l’art.

Cécile Cunin (U-Rennes-2)

Cécile Cunin présentera une partie de son corpus de recherche consacrée à des artefacts façonnés par personnes internées en psychiatrie au milieu du XXe siècle. Performées au sein même des hôpitaux, la plupart sont des parures faites par des femmes. Là, les approches herméneutiques des mondes de l’art et de la psychiatrie se confrontent, s’entremêlent, se nourrissent ou s’opposent, délirant littéralement sur la question des usages.

ill. : Marie Vitiello, [Robe de la Reine], milieu du XXe s., Ville-Evrard, musée d’art et d’histoire de la psychiatrie, dépôt SERHEP, Photo Jacques Grison.

#1

25 mars 2024 : Des visionnaires : autour de Théophile Bra et de Simon Rodia

INHA, Galerie Colbert, salle André Chastel, 14h-17h

Julie Ramos (U-Strasbourg)

Dans une communication intitulée « Aux frontières des normes et des cultures : l’archive écrite et dessinée de Théophile Bra », Julie Ramos présentera son travail sur le fonds Théophile Bra (1797-1863) conservé à la bibliothèque de Douai. Graphomane, le sculpteur d’obédience romantique légua à sa mort des milliers de feuillets au statut incertain, conjuguant dessins et écritures, projets et obsessions.

Dr Roberta Trapani (historienne de l’art et curatrice indépendante)

Roberta Trapani reviendra sur les notions « d’environnement singulier », « d’architecture hors-les-normes » et autres « patrimoines irréguliers ». Du Palais idéal du facteur Cheval aux Watts Towers de Simon Rodia, ces ensembles immobiliers mettent en crise la notion même d’architecture.

#2

Théophile Bra, Situation de néant, c’est pourtant vrai, 1826-1855, encre brune métallogallique sur papier, 18,5 x 24 cm, Douai, bibliothèque Marceline Desbordes-Valmore.

29 avril 2024 : Ethnographie du populaire

INHA, Galerie Colbert, salle André Chastel, 14h-17h

Bertrand Tillier (U-Paris1 Panthéon-Sorbonne) « Pierre Soulier, photographe du patrimoine populaire »

Pierre Soulier (1913-1998) fut l’un des principaux photographes dont Georges Henri Rivière s’attacha la collaboration, des années 1940 aux années 1970, au sein du Musée national des arts et traditions populaires (MNATP), où il participa à de nombreuses enquêtes-collectes conduites à Paris et en France. Dans une perspective d’interdisciplinarité en sciences humaines et sociales, entre histoire de la photographie, histoire culturelle du patrimoine et histoire de l’ethnologie, on cherchera à requalifier le statut d’une production documentaire et institutionnelle en œuvre photographique, pour tenter de donner à l’enquêteur-photographe un statut de photographe-auteur.

#3

Pierre Soulier, Chez Monsieur le Docteur Chamaillard. Buffet à deux corps. Les Aix-d’Angillon (Cher), 1er septembre 1941, collection Mucem.

27 mai 2024 : Objets-frontières et animalité

INHA, Galerie Colbert, salle André Chastel, 14h-17h

Julien Bondaz (U-Lyon 2 Lumière)

Spécialiste de l’histoire de l’ethnologie et de l’épistémologie des pratiques de collectes, Julien Bondaz mène des recherches sur les pratiques de collecte zoologique et entomologique des ethnologues africanistes à la fin de la période coloniale. Il reviendra sur l’appréhension de divers artefacts liés aux oiseaux en contexte colonial.

Pierre-Olivier Dittmar (EHESS)

Médiéviste, anthropologue des images, Pierre-Olivier Dittmar s’intéresse aux objets façonnés à destination d’animaux, pièges et autres leurres. Il présentera une partie de son travail dédié aux épouvantails.

#4

Michel Blazy, Champignons de la connaissance, pleurotes au vinaigre en bocal, 2023, collection de l’artiste.

       

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