Circulation des modèles de l’Afrique vers l’Europe : de l’histoire vers le contemporain

Séminaire Circulation des modèles de l’Afrique vers l’Europe : de l’histoire vers le contemporain, dans le cadre de l’exposition La construction du champ / Volet #1 Le chantier, à la Galerie municipale Jean-Collet, Centre d’art contemporain de Vitry-Sur-Seine, sous la direction artistique de Daniel Purroy.

Programmation et contact : Vincent Laureau (Architecte, MCF à l’ENSAPVS, CRH-LAVUE)

Mercedes Volait (InVisu) : Ambroise Baudry (1838-1906) ou la double circulation du remploi architectural entre l’Egypte et la France.

Ambroise Baudry a exercé entre 1871 et 1886 en Egypte, où il a mis au point une forme d’architecture domestique composite mêlant structure moderne et remploi de décors islamiques. Il poursuit dans cette même veine à son retour en France. À partir de ce qu’on connait de son oeuvre architecturale et de sa réception critique, l’intervention mettra en lumière les circulations croisées qu’on peut y déceler.

Marilena Kourniati (Architecte et historienne, MCF à l’ENSAPVS, laboratoire EVCAU) : Aldo van Eyck, les Dogons et la discipline configurative.

« Fasciné par l’immuable des silencieux villages » du désert en Algérie (voyages en 1951, 1952), Van Eyck se rend au pays des Dogons (1959), puis aux Pueblos du Nouveau Mexique (1961), guidé par les textes de Marcel Griaule, de Franz Boas et de Ruth Benedict. À ses yeux, ces sociétés archaïques représentent l’idéal-type des « cultures intactes » dont l’unité spatiale est la cristallisation du pattern culturel.  Mais pourquoi les Dogons et que cherche – il au long de ces voyages ? Cette contribution interroge le regard que Aldo van Eyck porte sur les Dogons et ce qu’il ramène avec lui.

Philippe Potié (Architecte, professeur à l’ENSAV, laboratoire LéaV) : Le voyage de l’architecte, de Le Corbusier à André Ravéreau. Une relecture de l’histoire de la modernité architecturale à travers le déplacement.

Dans l’histoire de la modernité architecturale, un nombre considérable d’architectes témoignent d’un voyage comme un tournant important, initiant de nouvelles démarches de créations. La rencontre d’un autre et d’un ailleurs se révèle être le déclencheur d’un nouvel imaginaire qui a nourrit plusieurs grandes figures de la modernité architecturale, depuis Le Corbusier avec Le Voyage d’Orient (1910-1911), jusqu’à André Ravéreau avec Le M’Zab une leçon d’architecture (1981).

Emmanuel Doutriaux (Architecte, MCF à l’ENSAPVS, laboratoire EVCAU). Où l’ordinaire est modèle / paradoxe de l’époque. Libres propos sur une trajectoire singulièrement normale.

La trajectoire d’Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal, et de leur équipe, vient d’être récompensée par l’attribution du Pritzker Prize 2021. On dit de ce prix qu’il équivaut au Nobel de l’architecture. Mais à quoi ressemblerait donc un Pritzker de littérature ? S’interroger sur les circonstances et raisons de ce choix, c’est tenter de comprendre comment une architecture de l’ordinaire, et une posture de l’humilité peuvent tirer profit de ressources antérieures – dans le plein sens de ce mot controversé – et faire à son tour école.
La production des Lacaton et Vassal est paradigmatique à plus d’un titre. Ainsi place-t-elle à l’interface des enjeux matériels et sociaux qui la caractérise, un topique climatique, sinon ambiantiel, dont l’élément premier n’est autre que l’air. L’air que l’on respire. L’air dont le bâtiment est tant l’agent que le sujet. Cette problématique aéraulique gagnerait à être interrogée par trois « prises » : air/technique, air/esthétique, air/éthique. Où se voient par trois fois en germe inscrits, les enjeux de transfert d’expériences, de recyclage de modèles, de réemploi matériel.

Présentation du séminaire

Les déplacements internationaux sont aujourd’hui particulièrement contraints par la crise sanitaire. Au même moment, la crise environnementale nous pousse à changer radicalement notre rapport au monde. Alors que nous sommes maintenus à distance les uns des autres, nous devons paradoxalement intensifier nos échanges de façon à enrichir nos « branchements » en tous sens (Jean-Loup Amselle). Il apparait alors primordial de converser ensemble sur la « diversité des manières d’habiter le monde » (Philippe Descola) et de partager les enseignements que l’on peut tirer des expériences lointaines liées aux voyages.

Ce séminaire a pour ambition d’interroger la circulation des modèles architecturaux qui s’opère à travers le voyage de nombreux architectes entre l’Europe et l’Afrique. Ce séminaire orienté Sud/Nord est la première étape d’une série qui proposera par la suite d’autres orientations Nord/Sud, Sud/Sud, etc. Ce premier séminaire se focalise sur des architectes Européens qui voyagent sur le continent Africain et reviennent en Europe pour exercer en employant un certain nombre de concepts ou de principes issus de leurs voyages.

L’histoire de l’architecture est parsemée de voyages d’architectes, qui ont stimulé une formidable créativité ainsi qu’un renouvellement continu des principes architecturaux. On pense aux différents Prix de Rome (1720-1968), qui deviendront ensuite les pensionnaires de la Villa Médicis. On pense également à l’orientalisme qui a traversé tout le XIXe siècle. Puis, plus proche de nous, le « Voyage d’Orient » de Le Corbusier (1910-1911), semble marquer un tournant particulier dans l’histoire moderne de l’architecture. Ensuite de nombreux voyages d’architectes Européens se dirigent vers différents pays d’Afrique, empruntant ainsi les voies tracées par la colonisation Européenne : André Ravéreau (Région du M’Zab, Algérie), Aldo Van Eyck (Dogons, Mali), George Candilis (Tanger, Casablanca), Shadrach Woods (Tanger, Casablanca), etc.

Aujourd’hui encore, ce type de voyage vers l’Afrique reste une étape déterminante pour un très grand nombre d’architectes contemporains de premier plan. le voyage est  un apport remarquable pour plusieurs leviers de la création architecturale contemporaine : retour de matériaux anciens comme la terre crue, conception climatique, rapport au temps, revendication du « bricolage » (Lévi-Strauss, 1962), importance du moment du chantier, etc.

La vérification de cette hypothèse permet d’identifier un certain nombre d’ingrédients existants dans le paysage construit africain. Cet inventaire d’éléments devrait permettre d’engendrer les bases d’une innovation architecturale africaine résolument contemporaine qui peut s’appuyer sur un socle culturel riche d’enseignements.

Informations pratiques

Mardi 22 juin 2021 – 14h-17h